Nouvelle-Zelande

2018-10-31

27/10/2018

(Wellington-Taupo-Auckland-Leigh)


Fraîchement débarqués sur l’île du Nord au petit matin, nous revoilà à Wellington, capitale de la Nouvelle-Zélande. Surnommée Windy Welly, le vent fait partie du quotidien des habitants de la ville. 173 jours par an, il frappe cette partie de l’île à plus de 60 km/h soit à peu près un jour sur deux. Aujourd’hui ne déroge pas à la règle, les arbres se plient sous le poids du souffle, les feuillages volent de tous côtés et font frissonner la Biomob. Pourtant dans une petite échoppe où nous nous arrêtons, le vendeur nous présente la journée comme bonne et ensoleillée, quelle chance pour nous d’arriver à Wellington aujourd’hui... Question de point de vue. N’ayant de toute façon pas l’intention de nous éterniser dans la ville, bien que plus charmante qu’un grand nombre du pays, nous prenons la route sous les bourrasques.

Notre temps restant en Nouvelle-Zélande se fait limité et le stress monte à l’approche du départ. Rejoindre Auckland, vendre notre véhicule et dire au revoir à nos amis, telles sont désormais nos priorités. Avec la journée entière devant nous, nous prenons la direction de Taupo. C’est ici que nous espérons croiser la route d’amis rencontrés l’an passé en Australie. Fanny et Jimmy, un couple de Parisiens avec lequel nous avons notamment travaillé dans un vignoble au pays des kangourous, vient en effet de débarquer en Nouvelle-Zélande.

Nous roulons toute la journée tentant de nous approcher au maximum de Taupo et de nos amis pour arriver au pied du mont Ruapehu. Un monticule de roche qui n’est autre qu’un volcan actif. Le printemps a pris ses aises mais c’est sous la neige que nous découvrons la montagne et son cratère culminant à 2797 m d’altitude. Nous qui avions envisagé quelques semaines auparavant de marcher dans le parc national du Tongariro, où il est situé, ne sommes pas déçus d’avoir revu nos plans.



Exténués par la journée de route qui nous a conduits du nord de l’île du Sud jusqu'ici, c’est là que nous nous arrêtons pour la nuit avec la vue sur le volcan enneigé. Après trois mois passés en auberge, difficile de retrouver ses marques dans la petite Biomob, l’ambiance est électrique mais la nuit apaise finalement les tensions, pas d’éruption juste quelques grondements avant que, tout comme le mont Ruapehu, nous ne sombrions dans le sommeil.

Au petit matin nous reprenons la route en direction de Taupo. Un second volcan se dresse devant nous, Ngauruhoe. Plus connu aujourd’hui sous le nom de la montagne du destin pour avoir servi au décor du Seigneur des anneaux, il s’élève à 2291 m. Il fait partie d’une des plus célèbres marches de Nouvelle-Zélande, le Tangariro crossing. En cette période de l’année, un guide et des équipements spéciaux sont requis pour l’ascension. Sans équipements ni entrainement, ils sont nombreux à tout de même tenter l’expérience seuls et les accidents sont fréquents. Sur les 15 derniers jours, ce sont deux hommes qui sont décédés dans le parc du Tangariro. Pris par surprise par les conditions climatiques ou l’inexpérience, ces accidents nous rappellent à l’ordre.



Nous arrivons finalement à Taupo, petite ville en plein centre de l’île du Nord. C’est ici que nous retrouvons nos amis Fanny et Jimmy, non pas sur une place où nous nous sommes donnés rendez-vous mais par le plus grand hasard sur un parking. Quel bonheur de les retrouver ici ! Nous regagnons un freecamp des environs tous ensemble pour un apéritif de retrouvailles.

Le ciel dégagé quelques heures auparavant ne tarde pas à se charger de gros nuages lourds et la pluie à tomber. Le petit aménagement intérieur de la Biomob montrera une fois de plus son utilité. C’est à 4 autour de cette petite table dépliable que nous passerons l’après-midi à nous raconter nos différentes aventures australiennes et néo-zélandaises.



Comme toujours, en bonne compagnie, le temps semble s’accélérer. L’après-midi laisse place à la soirée qui sous la pluie s’achève rapidement pour une nuit bercée par les gouttes frappant la carlingue de notre véhicule. Au petit matin, c’est l’anniversaire de Jimmy. Pour l’occasion, on se fait un petit déjeuner de rois. C’est l’occasion de partager avec nos amis les recettes de cuisine réalisables en van apprises durant notre road trip. C’est déjà l’heure de nous quitter. Ce moment de convivialité était bien trop court à notre goût. Nos véhicules sont chargés et prêts à reprendre la route, nous n’avons cependant aucune envie de nous quitter si rapidement. Et si on louait une maison ce soir pour fêter l’anniversaire de notre ami comme il se doit ? L’idée est lancée et vite adoptée. Sur le site Air BNB, nous trouvons notre bonheur. À l’abri sous un toit, avec des amis, un four pour cuisiner et quelques bonnes bouteilles de vins, voilà de quoi passer un merveilleux anniversaire quand on est un voyageur à l’autre bout du monde.

Dans la magnifique maison que nous louons, nous nous mettons vite à l’aise, au sec et au chaud. Sur les étagères de la bibliothèque, nous trouvons quelques jeux de société. Rien d’extravagant, des grands classiques dont le plus célèbre de tous à l’effigie du capitalisme, le Monopoly. Ce modèle économique que nous ne portons pas dans notre cœur aura au moins l’avantage de nous divertir cet après-midi. Cachez-vous, je lance les dés ! Il n’y a plus d’amis qui compte. Des heures de batailles acharnées vaudront la victoire à Jimmy. En tant que mauvais joueurs nous sortirons la carte joker du cadeau « d’anniversaire ».



Autour d’un bon repas, nous finirons la soirée tardivement, les yeux pétillants de joie et des effets du raisin fermenté. Au petit matin, il est temps pour nous de rendre les clefs de la maison et de nous séparer. Fanny et Jimmy prennent la route du sud, tandis que nous partons au nord rejoindre Auckland. Nous leur souhaitons bonne route et à très bientôt mais cette fois au pays du saucisson et du fromage.



Nous reprenons notre route en direction d’Auckland, notre point d’arrivée au pays des Kiwis qui sera aussi celui de notre départ. Les heures de voiture défilent et les arrêts se limitent aux repas et aux pauses imposées par notre vessie. Fanny et Jimmy à peine quittés, ce sont d’autres amis que nous rejoignons. Marcela et Sylvain qui ont quitté le centre-ville et vivent désormais en périphérie de la ville, dans une petite maison. Nos amis sont heureux de nous y accueillir et de nous faire découvrir leur petit nid bien plus spacieux et calme. C’est ici que nous déchargeons toutes nos affaires pour la dernière fois de ce voyage. Etrangement nous ne sommes pas tristes ou nostalgiques. Il semblerait que nous nous soyons faits à cette idée.

C’est l’heure de sortir les armures et les épées. Adeptes des jeux de société, nous avons emporté avec nous un petit jeu de carte nommé Camelot. Un jeu sur le thème des tournois médiévaux que nous avons rebaptisé « les chevaliers ». Lors de notre premier passage chez Sylvain, nous avions déjà grandement usé les cartes à force de jeux. Un an plus tard, c’est l’heure de la revanche.



L’annonce pour vendre la Biomob déjà postée depuis quelques jours sur internet, les visites commencent dès le lendemain matin. La période d’arrivée des voyageurs Européens a commencé à Auckland et l’offre et la demande se trouvent une fois de plus déséquilibrées. Tout le monde cherche un véhicule mais les bonnes occasions se font rares. C’est dans ce contexte que nous trouvons acheteur pour notre maison roulante sans peine. Dès la première visite, la Biomob trouve acquéreur. C’est avec Marcia et Ronan, un couple de Français qu’elle continuera donc ses aventures en Nouvelle-Zélande. Nous la conservons quelques jours de plus, le temps de lui faire passer le WOF (une sorte de contrôle technique néo-zélandais) et de nous rendre à Leigh pour dire au revoir à notre ami Scott.

Sur la route en direction de Goat Island on met la musique. Il fait beau, il fait chaud, on chante et on danse. Un nouveau morceau se joue sur les enceintes de notre voiture. Un rythme entrainant aux sonorités électroniques pas déplaisantes. Ce qui parait étrange c’est que lorsque le morceau s’adoucit, la sirène qui le rythmait, elle, continue. Jetant un œil dans le rétroviseur, j’y aperçois la police. Nous sommes pris en charge depuis plusieurs minutes sans nous en être rendu compte. Arrêtés sur le bas-côté, nous assistons à la sortie de l’officier de police furieux de son véhicule. L’homme est tout rouge et menaçant mais il nous est difficile de garder notre sérieux face à la situation cocasse. « Permis de conduire et passeport SVP », voilà un nouveau problème. Ayant déchargé tout notre bardas chez notre ami Sylvain, nous avons par la même occasion évacué du véhicule tous nos papiers. Cela ne semble pas rendre le sourire à l’agent de police qui commence à nous sermonner. Pour quelques km/h au-dessus de la vitesse, l’homme nous rappelle à l’ordre, nous expliquant à quel point nous sommes de dangereux criminels. Il y a là de quoi sourire, dans un pays où même les grands-mères ont le pied lourd. Concentrés pour ne pas exploser de rire, l’officier nous laisse finalement tranquille après nous avoir distribué une contravention. On ne s’en tire finalement pas trop mal.

Dans le petit village de Leigh, nous retrouvons Scott. Un an après notre passage, quel étrange sentiment de se retrouver de nouveau ici, dans cette maison où nous avons passé tant de bons moments. Dans la cuisine nous sommes presque tentés par un nouvel épisode de Scott Kitchen.



Aux aurores, nous partons au bord de plage. Cette fois pas pour vérifier les conditions de navigation mais juste pour profiter du paysage. Goat Island qui a été notre premier lieu de travail en Nouvelle-Zélande est toujours aussi belle, au milieu de ces eaux translucides.



Dans le petit village, nous faisons passer le WOF à la Biomob dans le garage où travaille Jackie, qui s’occupe de la comptabilité de Scott. Puis nous passons rendre une visite surprise à Chris, son meilleur ami et enfin croisons par hasard Alex, un employé d’une autre compagnie travaillant sur la plage. Tous sont ravis de nous revoir et tous persuadés de notre retour pour la saison qui s’apprête à débuter. Nous serions presque tentés d’accepter.

Le soir venu Scott organise pour nous un petit barbecue, l’occasion de réunir tous ces gens rencontrés un an auparavant et de pouvoir leur dire au revoir. Quel plaisir de passer une nouvelle soirée avec eux. Même Lola, la fille de Scott, se mêle aux festivités.



Le WOF en poche, il nous faut déjà repartir à Auckland où Marcia et Ronan attendent avec impatience de prendre possession de la Biomob pour entamer leur aventure. À Leigh, c’est l’heure des au revoir, les vrais, les définitifs. Une dernière fois, nous serrons Scott dans nos bras, lui qui a tant fait pour nous durant toute cette année passée en Nouvelle-Zélande. On se dit adieu sans réellement y croire. Scott sait surprendre alors on se dit à bientôt en France. Tout du moins on l’espère. Du haut de sa terrasse il nous salut tandis que doucement nous quittons sa maison, Goat Island, Leigh, et emportons avec nous une quantité incroyable de souvenirs.



De retour à Auckland nous nous séparons de la Biomob. Le road trip en Nouvelle-Zélande est définitivement terminé. En compagnie de Marcela et Sylvain, on passe nos derniers jours de voyage à l’autre bout du monde. Plage, barbecue, marchés, diners chez des amis, l’heure est à la détente.



Samedi 27 octobre 2018. Après presque trois années de voyage, nous faisons nos au revoir à Marcela et Sylvain mais aussi à la Nouvelle-Zélande. Aujourd’hui se clôture notre aventure sans frontière après avoir traversé 22 pays, parcouru des milliers de kilomètres par tous les moyens possibles, fait des rencontres extraordinaires dans le monde entier, enrichi notre culture personnelle, et vécu des expériences inimaginables. Nous rentrons en France plus riches que nous ne l’avons jamais été, une richesse qui ne s’exprime pas en ligne sur un compte en banque mais par les connaissances et l’ouverture d’esprit acquise tout au long de ces années d’errances, par le réseau et les liens d’amitié tissés avec les gens ou encore par les valeurs que ce voyage nous a apportées.



Ce voyage prend fin, mais c’est sans tristesse que nous embarquons dans l’avion. Déjà fleurissent dans nos têtes 1001 projets pour le futur. Pourtant s’installe en nous un certain stress. À l’autre bout de la planète, peu semblent avoir compris notre démarche. Les touristes, les vacanciers, les profiteurs… des surnoms qui nous sont bien trop souvent donnés à tort tout comme cette phrase que nous avons encore du mal à comprendre : « un jour il faudra revenir à la réalité ». Mais qu’est-ce au juste que la réalité ? Nous n’avons pas le sentiment de vivre actuellement dans un monde virtuel. La prolétarisation du voyage et des transports a de nos jours banalisé l’expérience que nous avons vécue ces trois dernières années. De nos jours, il est devenu courant pour les jeunes de partir sur les routes, de faire des tours du monde. Peut-on pour autant parler de voyage ? Pourtant entre tourisme et voyage il y a un gouffre. Si l’amalgame est souvent fait, c’est que cette société de consommation tente de relier les deux par des ponts, des passerelles et des hélicoptères. Des passages monétisés qui transforment le but premier de celui qui part en quête de découverte. Ce que tu paye aura toujours le goût et l’odeur de ce que tu veux entendre. Voyage et tourisme, deux mots qui s’affichent désormais comme siamois sur les vitrines des agences dites de voyage. Deux mots pour deux façons de penser.

- Le voyageur est sensible aux paysages et aux gens, le touriste ne l’est pas

- Le voyageur s’immerge volontiers dans la vie autochtone, le touriste se contente de rapports superficiels

- Le voyageur est peu sensible au confort, le touriste le recherche.

- Le voyageur improvise son voyage, le touriste le planifie.

- Le voyageur n’a pas de billets de retour, le touriste l’a déjà imprimé et mis dans sa valise.

- Le voyageur est actif, libre et insoumis, le touriste est passif et se laisse guider par toutes sortes de balises

- Le voyageur privilégie les expériences profondes dans la durée, le touriste les expériences distractives et rapides

- Le voyageur tend à éviter les lieux et les groupes touristiques, le touriste s’y agglomère.

- Le voyageur ne bouche jamais le paysage, le touriste intercale sa personne entre le point de vue et le paysage

- Et surtout le voyageur est sensible à la différence entre ces deux mots tandis que le touriste s’en fout royalement

Ouvrir un livre est parfois plus enrichissant que de monter dans un avion, un homme dans une bibliothèque ne voyage-t-il donc pas plus que le touriste au bord d’une piscine dans un club de vacances à l’autre bout du monde ? Cette traversée d’une partie de la planète nous a permis de voir, de comprendre et d’ouvrir les yeux sur les choses qui nous semblent essentielles. Nous rentrons dans notre pays, mais le voyage ne s’arrête pas pour autant, il prend une autre forme. Apprendre et découvrir sont devenus des drogues dont on ne peut plus se passer. Et si finalement notre vie tout entière était un voyage ?

Commentaires : 5

Les Camionautes

31/10/2018

Bon retour les zamis !

Valou

31/10/2018

Deux sentiments mitigés m’envahissent
D’un côté super triste que votre rêve s’arrêten’y déjà triste de ne plus lire cette superbe aventure!
De l’autre côté super ravie de retrouver mon poto de tjrs de partager des moments avec vous et surtout lier des liens avec Julie !

Peu importe ce que l’avenir vous prépare peut importe les jugements des autres ce qui compte c’est vous et vos envies
Bref à bientôt vous m’avez manquez quand même ??????????????

Fanny

01/11/2018

???????????????? hâte de vous revoir, bon vent les amis.????

Anne

01/11/2018

Quel beau voyage vous avez fait, c'est formidable d'avoir pu suivre votre parcours avec vous, j'ai hâte d'écouter votre richesse acquise et vos ressentis ???? bon retour les loulous, ma porte est ouverte si vous voulez passez par lyon. (d'ailleurs mon appart est bientôt libre si ça vous intéresse de revenir ici d'ici janvier hahaaa)

raf

05/11/2018

Les chatous voyageurs, c' est beau tout ce monde que vous avez rencontré, et ces trucs que vous avez vu, vécu et nous avez montré. <3
J' espère que le retour est pas trop dur.
J' ai hâte de revoir vos têtes, vous me manquez grave.
Bisous, ramenez-vous (hi hi hi c' est mon tour maintenant)!!

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