Vietnam

2016-07-29

Jamais 2 sans 3

(Hanoï-Mausolée d'Ho Chi Minh-Lac Hoan Kiem)


Pour la troisième fois, nous arrivons à Hanoï. La boite de vitesse de Blacky nous a lâchés, impossible de passer la seconde. C’est donc avec difficulté que nous circulons dans le trafic dense de la ville.

Kien, un jeune Vietnamien, nous héberge pendant les quelques jours qu’il nous reste à attendre avant de récupérer notre passeport et notre nouveau visa. Il est professeur d’anglais et nous rejoint en compagnie d’un de ses élèves. Il nous conduit jusqu’à son école où nous déposons nos affaires avant de rejoindre un petit café qu’il nous présente comme le lieu idéal pour prendre une douche : le « rain coffee ». Nous sommes arrivés tardivement et les deux jeunes gens ont bu quelques verres en nous attendant. Nous rigolons beaucoup mais peinons à les comprendre.

Kien est en plein changement d’appartement et nous héberge ce soir dans l’une des salles de classe de son école. Demain c’est réveil à 7 h avant que les élèves ne débarquent. Il pose une paillasse sur le sol et nous prête des oreillers : bonne nuit, à demain.
Dormir à même le sol voilà une nouvelle épreuve difficile à relever quand on n’a pas l’habitude. Le réveil sonne et c’est avec difficulté que nous ouvrons les yeux. Nous faisons la connaissance de Jasmijn et Hakan, deux autres couchsurfeurs invités par Kien. Ils sortent tout juste d’une nuit d’avion et sont exténués, la conversation tourne, de ce fait, assez court. Nous suivons Kien qui nous conduit dans un petit boui-boui pour prendre un petit déjeuner. Nous en profitons pour lui expliquer notre problème de moto. Le petit déjeuner terminé, Kien nous emmène chez un garagiste. L’homme demande 50$ pour réparer Blacky. Son atelier est un vrai dépotoir et nous inspire peu confiance. Nous avons appris à nous méfier des garagistes et décidons de tenter ailleurs.

Nous quittons Kien qui doit s’occuper de son déménagement et nous nous rendons au centre-ville. La rue Ngõ Huyện est une rue réputée auprès des backpakers pour ses auberges. Nombreux sont les garages vendant et réparant les Honda Win dans cette rue. Nous nous y rendons donc espérant y trouver notre sauveur. Dans un premier garage, nous faisons examiner Blacky. Le garagiste prétend ne rien pouvoir faire et nous conseille de racheter une nouvelle moto. Selon lui, tout le moteur est mort et l’opération trop couteuse, en revanche il accepte de nous reprendre Blacky et de nous faire une remise sur une nouvelle moto. Cela est tout simplement inconcevable pour nous. Nous ne disposons pas du budget nécessaire à l’achat une nouvelle moto. Un Australien, se prétendant mécanicien, vient appuyer le garagiste et nous tient le même discours. Visiblement les deux hommes sont amis et cela nous met la puce à l’oreille. Nous demandons à l’homme à combien il pourrait nous reprendre la moto. Il fait un semblant d’examen de Blacky et nous répond : 50$. La moto est soit disant une épave mais il est prêt à nous la racheter. Sauvons nous !

Chez un second garagiste de la rue, nous faisons de nouveau examiner Blacky. L’homme nous tient le même discours que le précédent. Trop couteux, tout est à changer, c’est une épave, il nous faut racheter une nouvelle moto. Trop couteux n’est pas un prix pour nous, nous insistons pour connaitre le tarif exact des réparations. L’homme demande à essayer la moto avant de chiffrer et part faire un tour avec Blacky. Il revient quelques minutes plus tard en poussant la moto. La chaine est cassée, plus aucune vitesse ne passe, elle est désormais dans l’incapacité de rouler. Pourtant, comme son prédécesseur, l’homme reste toujours acquéreur potentiel pour 50$. Nous sommes au bout du rouleau. Un traveller qui n’a pas réussi à vendre sa moto en très bon état vient de conclure une affaire avec le garagiste qui la lui reprend pour 60$. Blacky « l’épave » vaudrait autant qu’une moto en parfait état ? Pas de doutes, nous sommes tombés chez des escrocs. Nous avons de sérieux doutes sur l’état de la chaine. Nous pensons qu’elle a été volontairement brisée, il lui manque un maillon.

Nous sommes dans la panade. Nous appelons Kien en espérant qu’il puisse nous aider. Apprenant la situation il abandonne ses activités et s’empresse de nous rejoindre. Blacky est non fonctionnelle mais cela n’inquiète pas notre couchsurfeur qui s’empare d’un tendeur pour la tracter. Voilà que ça recommence. Après la corde dans la montagne, c’est avec un tendeur en pleine ville que je me retrouve tracté par une autre moto. Cela peut paraitre suicidaire dans la circulation de la capitale vietnamienne mais après un mois au Vietnam plus rien ne nous surprend.

Nous n’avons fait que quelques mètres quand Kien aperçoit au loin deux hommes qu’il semble connaitre. Il demande à Julie de les appeler pour lui signaler notre présence. Les deux hommes nous saluent de loin et nous reprenons notre aventure. Kien s’arrête sur le bord du lac Hoan Kiem et téléphone aux deux hommes salués précédemment pour les inviter à nous rejoindre. Ce sont deux couchsurfeurs Américains qu’il a hébergé par le passé et avec qui il a lié une amitié. Peut-être vont-ils pouvoir nous aider. Super, des renforts ! Les idées de Kien sont tout autres. S’il s’est arrêté ici c’est simplement pour que l’on puisse tous ensemble partager une glace. Vous m’avez bien lu : une glace !!!

4 motos sur le bord du lac voilà qui ne passe pas inaperçu. Un policier s’arrête et nous demande « can you move your motobikes ? » ce à quoi l’un des deux Américains répond « yes we can… for Obama ! ». Nous éclatons de rire, voilà une blague qui nous change les idées. Nous sommes désormais dans une meilleure humeur pour partager une bonne glace en compagnie de Kien et ses amis.

Notre couchsurfeur a un don pour prendre avec légèreté tous les tracas et ne cesse de répéter « relax tout va bien se passer ». Nous reprenons la route sur près de 10 km, doigt sur le klaxonne, évitant les véhicules arrivant à contresens, les piétons suicidaires et les motards fous qui manquent de ne pas voir le tendeur entre Blacky et la moto de Kien. Nous arrivons chez un garagiste qui n’est autre que celui que fréquente notre couchsurfeur. Le garage est impeccable et l’homme examine notre moto avec minutie. Pour la première fois de la journée un garagiste ouvre la boite de vitesse pour regarder le problème. Les nouvelles ne sont pas bonnes. La boite de vitesse est bien HS, et Blacky a bien été sabotée. Pour réparer il nous faudra dépenser 80$. Ça fait mal mais c’est toujours mieux que de la revendre à 50$ à un escroc. Nous acceptons le devis et récupèrerons Blacky dans la soirée.

Nous suivons Kien à pied jusqu’à son école et faisons la connaissance de Gilles, un de ses collègues et colocataire. Les deux hommes s’installent sur une paillasse pour une sieste. Pour notre part, nous allons nous promener dans les rues alentour. A notre retour, Kien est parti et le cours de Gilles s’apprête à commencer. Jasmijn et Hakan sont eux aussi présents et nous nous retrouvons tous conviés à assister à ce cours d’anglais. Très vite nous sommes mis à partie et transformés en professeurs, alors ça c’est la meilleure. Dans un esprit ludique, Gilles met en place des jeux et Julie se transforme en « God » qui demande des objets aux étudiants.



Kien passe me chercher pour m’accompagner récupérer Blacky. Elle est comme neuve. Jamais elle n’a eu autant de puissance. Quel plaisir de la retrouver ainsi. Clef sur le contact, en avant ma belle ramène moi à l’école.

Le cours de Gilles se passe toujours dans la bonne humeur mais une nouvelle vient gâcher la nôtre. Nous venons de recevoir un mail nous informant du refus d’extension de notre visa. Fini le Vietnam, fini Blacky, notre moral est au plus bas. « Relax tout va bien se passer », l’énergie positive de Kien a tout de même du mal à passer. Il ne nous reste que 3 jours sur notre visa, il nous faut désormais penser à quitter le Vietnam assez vite. Nous pensons dans un premier temps à nous diriger au Laos avec Blacky mais la saison des pluies y a commencé. Un trip moto sous la pluie, non merci. Puis nous pensons au Cambodge mais la saison n’est toujours pas bonne. A contrecœur nous choisissons donc de nous envoler vers un ciel plus clément : la Thaïlande. Seul moyen pour rejoindre ce pays : la voie des airs. Pour la seconde fois je romps mon objectif de ne pas prendre d’avion. Il nous faut nous débarrasser de Blacky. Dans un délai si court, voilà qui n’est pas chose aisée. Nous préparons une affiche à placarder et postons une annonce sur internet tandis que le cours de Gilles prend fin. Les élèves sortent et nous convient à les suivre au restaurant. Nous n’avons pas le moral à ça mais Gilles s’en mêle et nous fait craquer.



Dans un restaurant de la ville nous passons un moment exceptionnel en compagnie de Gilles et de ses élèves nous faisant presque oublier notre mauvaise nouvelle de la soirée. Les bières coulent à flot mais heureusement elles sont ici très légères.



La soirée terminée nous regagnons l’appartement de Gilles et Kien. Personne ne semble fatigué et nous entamons une partie de cartes en compagnie de Jasmijn, Hakan et Gilles. Nous découvrons un nouveau jeu qui nous rend addict et qui nous entraine jusque tard dans la nuit.

Nous nous réveillons dans le nouvel appartement de Kien encore non meublé et donc sans lit. La chambre dans laquelle il nous a installés dispose d’un balcon sur lequel je me place pour profiter d’une vue matinale sur la ville. De l’autre côté de la rue un homme repeint la façade d’un immeuble à la méthode vietnamienne. Assis sur une balançoire de confection artisanale douteuse l’homme se balance avec son rouleau. Décidément ces vietnamiens n’en finiront jamais de nous surprendre.



Mission du jour : imprimer notre affiche pour vendre Blacky et la placarder dans les auberges de jeunesse de la ville. Nous enfourchons notre moto survitaminée depuis son passage chez le doc. Nous trouvons rapidement une boutique proposant des impressions. Je profite de la connexion du lieu pour consulter mes mails. Une personne a répondu à notre annonce postée la veille sur internet et souhaite voir la moto. Je rentre en contact avec le jeune homme et nous nous donnons rendez-vous.

Nous faisons la connaissance de Florian, un jeune Suisse qui voyage à travers l’Asie et qui souhaite se procurer une moto pour traverser le Vietnam. Après un débriefing sur la moto, nous partons l’essayer ensemble tandis que Julie en profite pour aller récupérer nos passeports. Florian est séduit par Blacky comme nous avions pu l’être un mois auparavant. Il faut avouer qu’elle a du charme la belle et maintenant qu’elle a de nouveaux atouts, difficile de ne pas craquer. « OK je la prends !», les dés sont jetés et cette phrase sonne comme un craquement dans mon cœur tandis que la pluie se met à tomber. Ça peut paraitre cliché mais c’est pourtant ce qu’il s’est passé. Sur nous, le ciel se met à pleurer. Une dernière photo de Blacky avant de la voir partir avec Florian qui s’en va la garer ailleurs.



En compagnie de l’acheteur de notre moto, je rejoins Julie pour prendre un verre et conclure la transaction. Julie qui apprend la nouvelle est, comme moi, touchée, d’autant plus qu’elle n’a pas eu le temps de lui dire au revoir. Nous conversons un bon moment avec Florian qui s’avère être un super gars. Nous nous saluons finalement et lui souhaitons bonne chance dans son aventure en espérant qu’il puisse vivre d’aussi merveilleux moments que ceux que nous avons pu connaitre avec Blacky.

Nous voilà à pied. Cela fait bizarre de nous savoir dans l’incapacité de nous déplacer comme on le souhaite. Pour la première fois nous voila dans l’obligation de prendre un bus au Vietnam. Nous montons à bord et nous nous rendons alors compte du prix du billet. Mon dieu mais c’est que c’était économique la moto ! Nous rejoignons Kien à son école pour un nouveau cours d’anglais. Sujet du cours, quand on veut on le peut, ça caractérise bien notre homme. Bien sûr cela concerne l’apprentissage de l’anglais mais pour nous cela sonne comme un tout est possible, regarde où nous en sommes.

Eric, l’un des deux amis Américains, est venu assister au cours de Kien. Les élèves partis, nous allons diner avec lui. Kien, pour nous faire plaisir, a sélectionné un bon restaurant de la ville. Eric demande conseil à Kien pour passer commande, il souhaite manger le meilleur plat de l’établissement. Le plat arrive sur la table et Eric s’écrit « C’est ça qu’on a commandé ? … Fuck ! ». Il faut avouer que d’aspect ça ne casse pas trois pattes à un canard, quant aux quantités, c’est limité. Nous charrions le pauvre Kien sur ce restaurant qui finalement s’avère cher. « Pourquoi ne nous as-tu pas emmené dans un boui-boui ? ». La soirée se déroule dans la joie et la bonne humeur.

Nous quittons le restaurant sous la pluie qui n’a pas cessé de la journée. Kien nous charge sur sa moto et nous conduit jusqu’à une grande route. A trois sur une moto sous la pluie, c’est ça le Vietnam. Il nous dépose et arrête un taxi. Il ne rentre pas avec nous mais prend soin d’indiquer l’adresse au chauffeur et de s’assurer du prix de la course avant que nous ne montions.

Nous sommes désormais sans moyen de locomotion et excentrés du cœur d’Hanoï. Programme du jour, s’occuper de nos projets thaïlandais. La veille nous avons acheté nos billets d’avion sur internet et nous nous rendons compte que les dates ne sont pas les bonnes. Comme l’aurait bien dit notre ami Eric... « Fuck ». Mais dans l’immédiat nous réagissons à la Kien méthode, « relax tout va bien se passer ». Notre erreur nous coute tout de même 100€ de frais de dossier mais on garde le sourire.



Dernier jour en terre vietnamienne. Jasmijn apprenant que nous n’avons plus d’appareil photo nous prête généreusement le sien pour la journée. Nous nous rendons au mausolée d’Hô Chih Minh. Arrivés devant, nous nous rendons compte que notre tenue n’est pas appropriée pour rentrer à l’intérieur. Bon, bah on dira que c’est beau de dehors !



Nous nous rendons au bord du lac Ho Tay qui est le plus grand lac d’Hanoï et que nous n’avons pas encore eu l’occasion de voir.



Nous avons l’appareil de Jasmine avec nous et décidons d’en profiter pour repasser une dernière fois par l’un de nos endroits préférés : le viel Hanoï. 7 km de marche à travers la ville qui nous permettent de nous imprégner une dernière fois :

- De son charme,



- De ses vendeurs à vélo transportant tout et n’importe quoi,



- De ses motards qui utilisent leurs engins comme des camionnettes et parfois échouent,



- De cette circulation à la waleguenfire,



- De son côté on s’en fout tant que ça fonctionne,



- De ses marchés si colorés.



Bordel on l’a fait ce p☆☆☆☆☆ de Vietnam !

La nuit tombe, les lumières éclairent le beau lac Hoan Kiem.



Dernière soirée et nous ne sommes pas pressés de rentrer. Nous nous rendons dans un bar de jazz pour boire un verre en écoutant, nous l’espérons de la bonne musique. Pour la musique on est servis, pour le verre on attendra. Les prix sont exorbitants, plus chers qu’en France. Le serveur nous installe à une table et nous tend les cartes. Nous faisons mine de choisir et il nous laisse quelques instants de réflexion. A son second passage nous ne sommes toujours pas décidés, à son 3e non plus d’ailleurs. Il faut dire qu’il y a tellement de choix... Après quelques morceaux, nous quittons les lieux où nous avons bien conscience d’avoir été démasqués.



Nous avions oublié un détail. Nous ne sommes plus motorisés. La vie vietnamienne est rythmée par le soleil. Il est 21 h 30 et tout autour de nous est fermé, les bus ne circulent plus. Nous sortons une nouvelle carte de notre jeu, uber Vietnam. Nous commandons une voiture et un chauffeur nous appelle. L’homme ne parle pas anglais. Dans un éclair de génie nous lui indiquons « Hanoï opéra ». L’opéra est effectivement à proximité et nous nous dépêchons de le rejoindre. Le chauffeur rigole de transporter des Occidentaux et nous conduit à bon port.



Nous rentrons chez Kien qui nous attend guitare à la main. C’est qu’il chante bien le bougre. Il nous interprète quelques morceaux vietnamiens et nous explique les paroles. C’est le dernier moment que nous passons ensemble. Nous quittons demain matin le Vietnam aux aurores. Kien est sans aucun doute le plus fou des Vietnamiens que nous ayons rencontrés. Lui et Gilles, des mecs en or qu’il est triste de quitter. Le temps est aux au revoir mais personne ne se le dit réellement alors on se fait une petite photo de famille histoire de marquer l’instant à tout jamais.

Commentaires : 3

Raf

03/08/2016

Je n' ai qu' une chose à dire...: Ohhh, Blacky. :'c
Séquence... émotion, quoi. :p

Raf

03/08/2016

Rôh non, attends, je veux aussi savoir :
Muerton, tu leur as joué de la guitare, oui ou non? (a)
Les pauvres...! ^^ :O xDDD ;p (ouèy, j' connais plein de smileys)! <3

Linda

16/08/2016

Quelles galères pour finalement vendre cette pauvre Blacky !
J'espère qu'au moins ça aura value le coup à la revente.
J'en avais presque les larmes aux yeux :( surtout connaissant mon Filou ;)
Vous me faîtes vraiment très peur, faîtes bien attention à vous et surtout soyez prudent !
Bisooooous

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