Vietnam

2016-07-14

Direction BaBe

(Babe national park)


Aujourd’hui nous quittons Cat Ba mais pour cela il nous faut récupérer Blacky. Nous nous rendons donc chez le garagiste une nouvelle fois. Cette fois nous prenons avec nous nos sacs, nous ne quitterons pas les lieux sans notre moto. Nous arrivons devant le garage à 8 h. Le mécanicien qui s’occupe de Blacky n’est pas encore arrivé, selon les dires de son frère « il dort encore ». Nous nous installons et commençons à jouer à un jeu de cartes, l’ambiance est posée, on fait un sit-in. Le mécanicien fini par arriver et, nous voyant installés, se met immédiatement au travail. Blacky est en pièce voilà qui annonce de longues heures d’attente. Il demande de l’aide à ses collègues et c’est bientôt à trois qu’ils se retrouvent à travailler sur notre moto. Les heures passent mais nous ne cédons pas. Hors de question de bouger d’ici. Soudain, le mécanicien me fait signe de le rejoindre et me demande d’essayer la moto. Il n’y a plus d’embrayage sur Blacky. Ces imbéciles viennent de nous mettre une boite semi-automatique sans nous concerter. « Boite difficile à trouver mais celle-là très puissante ». C’est à devenir fou. 3 jours que l’on attend pour récupérer notre moto qui se retrouve finalement dans cet état lamentable. Le dernier ferry de la journée quitte l’île dans 30 minutes. Plus le temps de jouer avec eux. Nous montons sur Blacky et nous nous rendons au plus vite au port.

La moto a une pêche d’enfer mais fait des bruits étranges. Pas le temps de s’arrêter si nous ne voulons pas louper le ferry. Nous arrivons pile-poil pour l’embarquement. La moto sur le pont, je m’attarde sur les réparations faites préalablement. Les « mécanos » n’ont pas remonté la liaison du filtre à air. Voilà donc l’origine du bruit. La colère me gagne, je m’en veux de ne pas avoir fait plus attention lors de la récupération de notre moto.



Nous débarquons sur le continent et prenons la route en direction de Babe Lake. Un lac, qui s’étend sur 8 km dans une réserve naturelle, situé à 240km au nord d’Hanoï. Nous nous arrêtons chez le premier garagiste que nous croisons afin de faire remonter une liaison pour le filtre à air. Nous stoppons le véhicule face au mécanicien qui ne lève pas les yeux sur nous. « Coucou, nous somme là », l’homme finit par venir voir notre problème mais nous dit qu’il ne peut rien faire. Nous continuons notre route et nous arrêtons à un second. Nous arrêtons notre moto et sommes entourés par trois hommes qui rigolent de la situation. Nouvel échec, l’homme ne dispose pas du matériel nécessaire. Troisième essai, dans un autre garage et premier espoir, le mécanicien n’a pas la liaison mais nous fait signe de patienter. Il prend son véhicule et s’en va. Il revient quelques minutes plus tard avec une mauvaise nouvelle, toujours pas de réparation possible. Cela en devient désespérant, nous tentons un quatrième garage. Le garagiste s’approche et repart dans son atelier. Il revient avec un tube et se lance dans l’installation de celui-ci. Ce n’est pas réellement ce que l’on peut appeler du bon boulot mais ce sera toujours mieux que rien. Nous reprenons la route, épuisés par cette suite de péripéties.

Nous arrivons à Thái Nguyên. Il est 17h, la nuit ne va pas tarder à tomber et nous sommes éreintés. Nous décidons de nous arrêter ici et nous nous mettons à la recherche d’un nha gnhi : des maisons d’hôtes locales que l’on peut trouver un peu partout au Vietnam. Nous en trouvons effectivement un très rapidement. A l’entrée, l’homme nous propose un tarif de 200 000 VND. On lui en propose 150 000 et il accepte. Julie part inspecter la chambre. Elle revient quelques minutes plus tard et me fait signe de rentrer la moto. La chambre est plutôt moyenne mais pour le prix ça fera l’affaire. J’ai à peine fini de détacher nos sacs de la moto qu’un homme fait éruption dans le nha gnhi. Avec une dégaine de cowboy il arrive en braillant et s’adresse à moi par un « YOU !». Voilà qui donne le ton. L’homme n’est autre que le patron de l’établissement et demande 250 000 VND pour la nuit. Le ton qu’il prend ne me convient pas du tout. Nous posons sur le comptoir 150 000 VND et lui faisons comprendre que nous ne payerons pas plus que la somme convenue au départ. Il est en colère mais saisit l’argent et s’en va. Je fini de détacher les bagages quand j’entends Julie hurler à l’étage. Je monte les escaliers et elle m’explique que le gérant est dans la chambre en train de tout débrancher. L’homme est en effet en train de débrancher la télé lorsque j’entre dans la pièce. Julie est folle de rage elle s’énerve sur l’homme et lui demande de nous rembourser. Il lui remet l’argent et nous quittons son toit.

Nous reprenons la moto et trouvons un second nha gnhi à seulement quelques mètres. 180 000 VND la nuit voilà qui est plus que convenable. La chambre est surement la plus belle que nous ayons pu trouver de tout notre voyage. Gigantesque, la salle de bain privée fait la taille des chambres que nous occupons habituellement. C’est propre et on a même la clim. Alors là, c’est le paradis.

Après une nuit dans un palace nous sommes en forme pour reprendre la route. 140 km nous séparent de Ba Be et nous espérons y arriver ce soir. Sur la route nous marquons un premier arrêt pour prendre un peu de force avec un petit déjeuner. Nous trouvons un commerce vendant des brioches. Un petit déjeuner sucré, quel bonheur. Nous croquons à pleines dents dans la brioche qui laisse apparaitre une substance verte fluo, étrange. Est-ce que ça se mange ? Cela n’a pas vraiment de goût et nous n’arrivons pas à discerner de quoi il s’agit. Tant pis, miam miam.

Julie, quant à elle, toujours en quête de nouvelles sensations culinaires, se lance dans le test du thai. Un breuvage gélatineux qui ne m’inspire guère. Elle est conquise par ce dessert vietnamien composé de gelée, de coco, d’haricots rouges et moult substances inconnues.



Le paysage autour de nous se fait de plus en plus vert et montagneux. C’est magnifique et il nous tarde d’arriver à la réserve naturelle. Nous prenons du temps pour parcourir la route montagneuse et en mauvais état.



Nous sommes encore à 50 km de Ba Be mais marquons une nouvelle pause. Dans un petit bar, le long de la route, nous trouvons quelques rafraichissements. Un homme s’assied à proximité, se saisit d’une pipe à eau en bambou disposée à l’entrée de l’échoppe et la fume. Il est courant au Vietnam d’assister à cette scène. Les commerces laissent, à disposition des clients, cette pipe à eau, le tabac et le briquet. L’homme qui a vu qu’on le regardait me tend la pipe. Elle sent le tabac brun utilisé chez nous mais à voir son sourire je comprends bien que ce n’est pas une bonne idée.



Nous reprenons la route pour une étape finale. Les virages se succèdent dans un paysage époustouflant. A la sortie de l’un d’entre eux, des enfants sont en train de jouer. La chaussée est recouverte de gravier. Je ralentis le plus calmement possible notre moto qui, entrainée par la pente, continue sa course à petite allure vers un fossé. Je décide d’augmenter la pression sur le frein de la moto qui dérape, tombe au sol et glisse. Nous sommes tombés à petite vitesse mais je suis inquiet pour Julie. J’entends sa voix derrière moi qui, inquiète pour moi, me demande si je vais bien. Nous sommes indemnes, quelques égratignures mais rien de bien méchant. Blacky en revanche est en piteux état : clignotants, neiman, compteur de vitesse, tout est en miette. La rue est déserte, les gens ayant assisté à notre chute se sont barricadés dans leurs maisons, les enfants ont été rentrés. Personne n’a rien vu, rien entendu. Nous sommes choqués par la scène et le manque d’assistance de ces gens. Nous comprenons qu’il est préférable qu’il ne nous arrive rien de grave en vue de la réaction de la population locale. Nous sortons la trousse de secours afin de désinfecter nos plaies.

Fort heureusement nous avons chuté dans un village et déplaçons Blacky jusqu’à un garage. Le garagiste de l’établissement ne lève pas les yeux sur nous. Après plusieurs minutes il finit par nous refuser et nous indiquer un autre garage. Même combat, l’homme nous snob avant de nous indiquer de nous rendre chez son voisin. Nous arrivons finalement dans un garage où deux mécaniciens sont en train de réparer une moto. Le neiman de Blacky cassé, je ne peux plus la stopper. Les deux hommes nous regardent sans bouger. Nous tentons de leur expliquer que l’on a besoin d’aide pour stopper notre moto mais cela semble les amuser. L’un d’entre eux fini par s’approcher et, à l’aide d’un couteau, sectionne les câbles du neiman, arrêtant ainsi Blacky. Nous devenons l’attraction du coin. Les voilà qui rigolent de l’état de notre moto avec les voisins qui sont venus jeter un coup d’œil. Le garagiste finissant par enlever son nez de clown se met à chiffrer les réparations avec un certain plaisir. A l’entendre il faudrait tout changer. Quant à ses tarifs s’il continue de la sorte ils seront bientôt équivalents au prix d’achat la moto. La moto n’est plus en état de fonctionnement, nous voilà bloqués. Impossible de négocier avec l’homme qui se moque royalement de nous. Nous finissons par accepter les réparations de base pouvant nous permettre de repartir. Il commence à démonter Blacky sous les yeux des voisins qui sont restés pour le spectacle, histoire de continuer à se moquer de nous. Nous commençons à perdre notre calme ce qui, nous le savons, n’est pas une bonne idée en Asie. Les réparations de notre garagiste consistent à mettre des bouts de scotch à droite à gauche. Impuissants, nous contemplons la scène avec effroi, pauvre Blacky. Les rires vont bon train tandis que les minutes passent. Il nous sera désormais impossible de rejoindre Ba Be ce soir. Julie prend les devants et part à la recherche d’un endroit où dormir ce soir. Le garagiste me fait signe qu’il a terminé les réparations. J’ai repéré plusieurs erreurs de sa part lorsqu’il remontait la moto mais je l’ai laissé faire dans l’attente de ce moment. Cela fait plus d’une heure que nous sommes la risée du quartier et que nous supportons les moqueries constantes de ces charlatans, cette fois c’est à moi de rire. Les boutiques ici ferment aux alentour de 18h, heure à laquelle les Vietnamiens prennent leur dîner mais notre garagiste n’est, ce soir, pas prêt de manger. Installer sur la moto je commence par lui montrer un problème électrique sur les clignotants qu’il a remonté sans contrôle préalable, puis je lui indique des problèmes sur le compteur, puis sur l’assemblage des caches qu’il a mal remonté, etc. Travailler correctement tout en se moquant allègrement de ses clients ce n’est pas chose aisée. L’homme n’a plus envie de rire. Il démonte, remonte tandis que j’observe attentivement, guettant chacune de ses erreurs pour pouvoir par la suite lui demander de la corriger. Bientôt 19h, les voisins sont partis dîner et le mécanicien est désormais seul et très énervé. Julie qui est revenue s’est installée et tresse un bracelet brésilien pour bien faire comprendre que nous ne sommes pas prêts de partir. Il est presque 20h quand l’homme a terminé de travailler sur notre moto et refuse d’en faire plus. Nous payons l’homme avec un faux grand sourire.
Nous regagnons le nha gnhi que Julie a trouvé. Nous sommes épuisés, la journée a été forte en émotions. La responsable de l’établissement qui a dit oui pour la nuit à Julie précédemment ne nous laisse pas entrer dans son établissement. Elle nous demande quelque chose en vietnamien mais nous ne comprenons pas. Nous sommes à bout, les minutes passent et nous sommes dans une impasse. La femme change enfin son discours et nous mime ce qu’elle demande. Elle ne souhaitait que nos passeports. La chambre est une horreur, pas de fenêtre, des moustiques partout et une moustiquaire trouée, notre jour de chance en somme.

Reposés, nous sommes prêts à rejoindre enfin ce fameux lac de Ba Be. 40 km, Blacky les survolent rapidement.



Nous arrivons aux abords du lac et nous nous arrêtons au premier nha gnhi. 150 000 VND la nuit ce n’est vraiment pas cher, enfin si l’on est prêt à dormir au sol. Nous continuons notre chemin et essayons plusieurs adresses. Certains avec culot vont jusqu’à nous demander 500 000 VND pour dormir dans des chambres non climatisées ou sans lit. Nous finissons par atterrir au Babe Lake View. En plus de disposer d’une superbe vue, d’un lit avec un matelas, nous arrivons à négocier un tarif préférentiel en prenant deux nuits.

La vue sur le lac est prodigieuse et nous décrétons notre première journée au lac Ba Be comme journée du « je ne fais rien en profitant d’une vue magnifique depuis une terrasse ombragée ».

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